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samedi 16 novembre 1850 – Le National, Les Faux Saulniers, 13e livraison.

Le manuscrit autographe d’Angélique de Longueval s’interrompant à la mort de La Corbinière, Nerval achève son récit grâce à des documents annexes qui relatent la fin pitoyable des deux amants, puis il réfléchit sur le sens de son récit en en comparant la finalité et la technique à celles de Walter Scott … ce qui lui permet de revenir une fois encore à son excursion en Valois, en compagnie de son alter ego Sylvain que l’on retrouvera dans Sylvie.

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LES FAUX SAULNIERS

LE MOINE GOUSSENCOURT — MORT DE LA CORBINIÈRE —

WALTER SCOTT — DIALOGUE — UN ARCHÉOLOGUE SUSPECT — CORRESPONDANCE

Voici un passage des observations du moine célestin Gaussencourt :

« La nécessité les contraignit d’être taverniers : — où les soldats français allaient boire et manger, avec un tel respect, qu’ils ne voulaient point être servis d’elle. Elle cousait des collets de toile où elle ne gagnait tous les jours que huit sous, et avec cela descendait à toute heure à la cave, et lui, se donnait à boire avec ses hôtes, de telle façon qu’il devint tout couperosé.

Un jour, elle étant à la porte, un capitaine vint à passer et lui fit une grande révérence, et elle à lui, — ce qui fut aperçu de son mari jaloux. Il l’appelle et la prend par la gorge. Elle parvient à jeter un cri. Les buveurs arrivent et la trouvent à demi morte couchée par terre, — à laquelle il avait donné des coups de pied aux côtes qui lui avaient ôté la parole, et dit, pour s’excuser, qu’il lui avait défendu de parler à celui-là, et que, si elle lui eût parlé, il l’eût enfilée de son épée. »

Il devint étique par ses débauches. À cette époque elle écrivit à sa mère pour lui demander pardon. Sa mère lui répondit qu’elle lui pardonnait et lui conseillait de revenir et qu’elle ne l’oublierait pas dans son testament.

Ce testament était gardé à l’église de Neuville-en-Hez, et contient un legs de huit mille livres.

Pendant l’absence d’Angélique de Longueval il y eut une demoiselle en Picardie qui voulut usurper sa place, et se donna pour elle. — Elle eut même la hardiesse de se présenter à Mme d’Haraucourt, mère d’Angélique, laquelle dit qu’elle n’était pas sa fille. Elle racontait tant de choses, que plusieurs des parents finirent par la prendre pour ce qu’elle se donnait…

Le célestin, son cousin, lui écrivit de revenir. — Mais La Corbinière n’en voulait pas entendre parler, craignant d’être pris et exécuté s’il rentrait en France. Il n’y faisait pas bon pour lui non plus ; — car la faute d’Angélique fut cause que M. d’Haraucourt chassa des faubourgs de Clermont-sur-Oise sa mère et ses frères, « qui vivaient de leur boutique, étant charcutiers ».

Mme d’Haraucourt, enfin, étant morte en décembre 1636, à la Neuville-en-Hez, où elle repose (M. d’Haraucourt était mort en 1632), leur fille fit tant près de son mari, qu’il consentit à revenir en France.

Arrivés à Ferrare, ils tombent malades tous deux, — où ils furent douze jours, — s’embarquent à Livourne, arrivent à Avignon, où ils sont toujours malades. — La Corbinière y meurt, le 5 d’août 1642 ; il repose à Sainte-Madeleine ; — il meurt avec des repentances très grandes de l’avoir si mal traitée, et lui dit : « Pour votre consolation et ôter votre tristesse, souvenez-vous comme je vous ai traitée. »

« Là, continue le moine célestin, elle a été en si grande nécessité qu’elle m’a dit par écrit et de bouche, qu’elle fût morte de faim n’eût été les célestins qui l’ont aidée.

Elle arrive à Paris le dimanche 19 octobre, par le coche, et manda à Mme Boulogne, sa grande amie, de la venir quérir. N’y étant pas, son hostellier y fut. le lendemain après dîner, elle vint me trouver avec la dite Boulogne et sa belle-mère, la mère de La Corbinière, servante de cuisine chez M. Ferrant, état qu’elle a été contraint de faire depuis qu’elle a été bannie de Clermont, à cause de son fils.

La première chose qu’elle fit, elle vint se jeter à mes pieds, les mains jointes, me demandant pardon, ce qui fit pleurer les femmes. Je lui dis que je ne lui pardonnerais pas (ce qui la fit soupirer et respirer ayant entendu le reste), car elle ne m’avait pas offensé. Et la prenant par la main, lui dis-je : « Levez-vous » ; et la fis asseoir auprès de moi, où elle me répéta ce qu’elle m’avait souvent écrit : qu’après Dieu et sa mère, elle tenait la vie de moi. »

Quatre ans après, elle était retirée à Nivillers, et très malheureuse, n’ayant chemise au dos, comme il paraît par la lettre ci-contre.

 

LETTRE QU’ELLE ÉCRIT AU CÉLESTIN SON COUSIN, QUATRE ANS APRÈS SON RETOUR, DE NIVILLERS

Le 2 janvier 1646.

Monsieur mon bon papa (elle appelait ainsi le célestin),

Je vous supplie, très humblement, de n’attribuer mon silence à manque du ressentiment que j’aurai toute ma vie de vos bontés, mais bien de honte de n’avoir encore que des paroles pour vous le témoigner. Vous protestant que la mauvaise fortune me persécute au point de n’avoir de chemise au dos. Ces misères m’ont empêché jusqu’ici de vous écrire et à Madame Boulogne, car il me semble que vous deviez recevoir autant de satisfaction de moi comme vous en avez été travaillés tous deux. Accusez donc mon malheur et non ma volonté, et me faites l’honneur, mon cher papa, de me mander de vos nouvelles.

Votre très humble servante.

A. DE LONGUEVAL

(À M. de Goussencourt, aux Célestins, à Paris)

 

On ne sait rien de plus. — Voici une réflexion générale du célestin Goussencourt sur l’histoire de cet amour, dans lequel l’imagination simple du moine ne pouvant admettre, du reste, l’amour de sa cousine pour un petit charcutier, rapportait tout à la magie ; — voici sa méditation :

« La nuit du premier dimanche de carême 1632 fut leur départ ; retour en 1642, en carême. — Leurs affections commencèrent trois ans avant leur fuite. — Pour se faire aimer, il lui donna des confitures qu’il avait fait faire à Clermont, et où il y avait des mouches cantharides, qui ne firent qu’échauffer la fille, mais non aimer ; puis il lui donna d’un coing cuit, et depuis elle fut grandement affectionnée. »

Rien ne prouve que le frère Goussencourt ait donné une chemise à sa cousine. — Angélique n’était pas en odeur de sainteté dans sa famille, — et cela paraît en ce fait qu’elle n’a pas même été nommée dans la généalogie de sa famille, qui énonce les noms de Jacques-Annibal de Longueval, gouverneur de Clermont-en-Beauvoisis, et de Suzanne d’Arquenvilliers, dame de Saint-Rimault. Ils ont laissé deux Annibal, dont le dernier, qui a le prénom d’Alexandre, est le même enfant qui ne voulait pas que sa sœur volât papa et maman, — puis encore deux autres garçons. — On ne parle pas de la fille.

Croyez pourtant que je ne m’acharnerais pas ainsi sur les différents héros de cette famille, dont les diverses branches, — de Longueval, — d’Haraucourt — et de Bucquoy, — donnent la torture à mon imagination, si je ne me trouvais au milieu des sources historiques et si je ne m’appliquais à l’analyse historique, — depuis qu’il nous est défendu de faire des romans.

Tout peuple est curieux de remonter, par la pensée, à ses origines et à ses souvenirs ; — c’est ce qui a fait le succès de Walter Scott en Angleterre, et en France celui d’Augustin Thierry, de Monteil et de quelques autres. L’histoire de France a été cruellement défigurée depuis plus de deux siècles, grâce à l’influence de ce principe de monarchie absolue qu’ont tenté d’établir les descendants du Béarnais. — Il fallait, pour les écrivains, se soumettre à cette convention, ou s’en aller écrire hors de France. Les écrivains ont fini par rester, et les rois absolus sont partis.

L’Académie a couronné dernièrement l’auteur qui avait eu l’idée de peindre « une province sous Louis XIV »… Mon ambition est moins vaste. — Je n’aurais voulu peindre qu’une de ces familles provinciales qui forment dans l’unité historique d’une nation une individualité collective curieuse à étudier, comme jetant des reflets de clarté sur les autres.

Malheureusement, si je m’éloignais un instant de la ligne correcte de l’histoire, je retomberais dans le roman historique, — et les gens sévères considéreraient tout ce que je viens d’écrire comme imité d’une de ces longues préfaces où l’auteur de Waverley fait dialoguer ensemble le capitaine Clutterbuck et le révérend Jedédiah Cleisbotham.

Je comprends ce système, si favorable aux préparations d’un récit… Aussi, je ne voyage jamais dans ces contrées sans me faire accompagner d’un ami, que j’appellerai de son petit nom, Sylvain.

C’est un nom très commun dans cette province, — le féminin est le gracieux nom de Sylvie —, illustré par un bouquet de bois de Chantilly, dans lequel allait rêver si souvent le poète Théophile de Viau.

J’ai dit à Sylvain : « Allons-nous à Chantilly ? »

Il m’a répondu : « Non… tu as dit toi-même hier qu’il fallait aller à Ermenonville pour gagner de là Soissons, visiter ensuite les ruines du château de Longueval en Soissonnais, sur la limite de Champagne.

— Oui, répondis-je ; hier soir je m’étais monté la tête à propos de cette belle Angélique de Longueval, et je voulais voir le château d’où elle a été enlevée par La Corbinière, — en habits d’homme, sur un cheval.

— Es-tu sûr, du moins, que ce soit là le Longueval véritable, car il y a des Longueval et des Longueville partout… de même que des Bucquoy…

— Je n’en suis pas convaincu quant à ces derniers ; mais, je lis seulement ce passage du manuscrit d’Angélique : « Le jour étant venu duquel il me devait venir quérir la nuit, je dis à un palefrenier qui avait nom Breteau : « Je voudrais bien que tu me prêtasses un cheval pour envoyer à Soissons cette nuit quérir pour me faire un corps de cotte ; te promettant que le cheval sera ici avant que maman se lève… »

— Il semblerait donc prouvé, — me dit Sylvain, — que le château de Longueval était situé aux environs de Soissons, donc ce ne serait pas le moment de revenir vers Chantilly. Ce changement de direction a déjà risqué de te faire arrêter une fois, — parce que des gens qui changent d’idée tout à coup paraissent toujours des gens suspects… »

En effet, un gendarme était venu à mon hôtel au dernier voyage que j’ai fait à Senlis, — je vous ai mandé ce détail, — et, apprenant que, — sans passeport, — j’avais dit d’abord que j’irais du côté d’Ermenonville, et qu’ensuite j’avais pris ma place aux voitures de Chantilly, il menaça l’hôtesse d’une amende de vingt-cinq francs… Mais que tout ceci soit oublié.

Cette aventure bien naturelle, — puisque j’étais alors sans papiers, ne m’avait été gravée profondément dans l’esprit que parce que je me souvenais d’une exigence pareille qui a eu un résultat plus grave pour une personne que je connais :

C’était un simple archéologue, — qui, passant à L***, et attendant la voiture de Senlis pour revenir à Paris, s’était arrêté à contempler une église du XIIIe siècle, dont le peu d’apparence est compensé par l’antiquité curieuse du monument.

Un gendarme — ceci se passait il y a plusieurs mois — le suivait des yeux dans ses observations, et remarquait surtout qu’il prenait des notes sur un calepin. Pendant une demi-heure, il hésita à manifester ses soupçons ; — mais enfin, ne trouvant pas naturel qu’on restât une demi-heure à regarder une église, il se décidé à lui frapper sur l’épaule et à lui demander ses papiers.

« des papiers à L*** ? À trois lieues de Paris ? dit l’archéologue avec douceur.

— Vous n’en avez pas ?… Suivez-moi chez le maire. »

Ce n’était pas le maire de Meaux, — qui passe pour un homme lettré ; — le maire de L*** dit à l’archéologue :

« Que faisiez-vous devant cette église ?

— J’en constatais l’antiquité.

— Et vous preniez des notes ?

— Les voici.

— Je n’ai pas besoin de regarder vos notes ; ce ne sont pas là des papiers, et puisque vous n’en avez pas d’autres, ces messieurs vont vous conduire devant le substitut de P***. »

Il fut forcé de marcher jusque-là entre deux gendarmes.

Le substitut de P*** dit à l’archéologue, qui se plaignait d’un tel traitement : « Ce que vous me dites de ce qu’a fait le maire à votre égard est tellement incroyable, que je n’en crois pas un seul mot. Il est impossible qu’un fonctionnaire municipal du département de l’Oise ait pu prendre sur lui de faire arrêter un homme qui regardait une église !

— Un chien regarde bien un évêque ! dit le savant Parisien.

— Par conséquent je vous considère comme encore plus suspect. On va vous conduire à Paris puisque vous prétendez que vous y habitez et là on avisera. »

L’archéologue demanda une voiture, ayant déjà fait deux lieues à pied, ce qui est déjà désagréable à cause de l’accompagnement des gendarmes : — on est exposé à rencontrer des dames. — Heureusement, il était arrivé dans la localité une voiture qui devait contenir d’autres malfaiteurs, — et qui se dirigeait sur Paris.

On y plaça l’archéologue. Cette voiture n’était pas encore construite d’après le système cellulaire, mais on avait les poucettes. Un seul voleur se trouvait déjà dans la voiture. Il était parfaitement assis sur les débris d’une botte de paille… et dit au nouveau pendant qu’on attelait :

« Bonjour, vieux Zigue !… eh bien ? on ne vous donne donc pas de paille… Vous avez droit à la paille, pour vous asseoir, comme moi : il faut demander ça au conducteur ! »

L’archéologue ne répondit que par un rugissement, — et voulut au contraire souffrir davantage, — pour faire plus de honte au maire de L***.

À Paris il produisit ses lettres et fut relâché.

Cette anecdote, — complètement historique, — n’indique que la sottise d’un maire de village, mais peut faire comprendre combien il est dans le caractère du fonctionnaire français d’abuser de l’autorité ; — c’est ce qui amène peut-être des réactions en sens contraire.

 

CORRESPONDANCE

Vous m’envoyez deux lettres concernant mes premiers articles sur l’abbé de Bucquoy. La première, d’après une biographie abrégée, établit que Bucquoy et Bucquoi ne représentent pas le même nom. — À quoi je répondrai que les noms anciens n’ont pas d’orthographe. L’identité des familles ne s’établit que d’après les armoiries, et nous avons déjà donné celles de cette famille (l’écusson bandé de vair et de gueule de six pièces). Cela se retrouve dans toutes les branches, soit de Picardie, soit de l’Ile-de-France, soit de Champagne, d’où était l’abbé de Bucquoi. Longueval touche à la Champagne, comme on le sait déjà. — Il est inutile de prolonger cette discussion héraldique.

Je reçois de vous une seconde lettre qui vient de Belgique :

« Lecteur sympathique de M. Gérard de Nerval et désirant lui être agréable, je lui communique le document ci-joint, qui lui sera peut-être de quelque utilité pour la suite de ses humoristiques pérégrinations à la recherche de l’abbé de Bucquoy, cet insaisissable moucheron issu de l’amendement Riancey.

Un abonné du National

156 Oliver de Wree, de vermoerde oorlogstucken van den wonderdadighen velt-heer Carel de Longueval, grave van Busquoy, Baron de Vaux. Brugge, 1625. — Ej. mengheldichten : fyghes noeper ; BacchuCortryck. Ibid., 1625 — Ej. Venus-Ban. Ibid., 1625, in-12, oblong, vél.

Livre rare et curieux. L’exemplaire est taché d’eau.

Je ne chercherai pas à traduire cet article de bibliographie flamande ; — seulement, je remarque qu’il fait partie du prospectus d’une bibliothèque qui doit être vendue le 5 décembre et jours suivants, sous la direction de M. Héberlé, — 5, rue des Paroissiens, à Bruxelles.

Et la lettre m’arrive le 15 !

J’aime mieux attendre la vente de Techener, — qui, je l’espère, aura toujours lieu le 20.

GÉRARD DE NERVAL

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dimanche 17 novembre 1850 – Le National, Les Faux Saulniers, 14e livraison.

Après une ultime digression mettant en scène les tribulations d’un malheureux bibliophile soucieux exclusivement au milieu des journées de février 1848 de la disparition du précieux Perceforest, le récit reprend les pérégrinations de Nerval et Sylvain qui vont les conduire d’abord aux environs immédiats de Mortefontaine, où apparaît pour la première fois le souvenir de la noyade du « petit Parisien ».

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LES FAUX SAULNIERS

POST-SCRIPTUM — LES RUINES — LES PROMENADES —

L’ABBAYE DE CHAALIS — ERMENONVILLE — LA TOMBE DE ROUSSEAU

Je réfléchis à des fautes nombreuses que j’ai commises dans les lettres que je viens de vous adresser : une erreur de vingt kilomètres, ce n’est rien ; — j’ai peine à me familiariser avec ces nouvelles mesures… et je sais pourtant qu’il est défendu de se servir du mot lieues dans les papiers publics. L’influence du milieu où je vis momentanément me fait retourner aux locutions anciennes.

Ma crainte de vous compromettre est telle, qu’en vous renvoyant la lettre qui m’a été adressée de Belgique pour me donner l’avis d’une vente où se trouvait un livre relatif à la famille de Bucquoy, j’ai ajouté un mot… J’ai déshonoré l’autographe d’un ami inconnu avec ce terme : issu. On avait voulu dire que l’abbé de Bucquoy était le moucheron insaisissable destiné à piquer l’amendement Tinguy — ; je ne me consolerai pas d’avoir fait lever ce moucheron ; — car je respecte toujours la loi. — J’ai cru affaiblir cette critique, en disant que le moucheron était issu de l’amendement.

J’ai eu tort ; — m’étant imposé cette loi de ne dire que la vérité, — à l’exemple du philosophe dont je vais voir la tombe, et qui avait pris pour devise : Vitam impendere vero, — je devais pouvoir représenter, au besoin, la lettre que vous m’avez envoyée vierge de toute addition. — Il suffit de faire remarquer que je n’attaque pas la loi ; mais seulement la fausse interprétation qu’on pourrait lui donner, si elle était appliquée sérieusement.

Quant à moi, — vous le savez, je ne risque rien ; mais vous, vous risquez de subir une amende, — qui peut s’élever à plus d’un million… Ne rions pas !

Si vous avez inséré ce que je vous ai écrit touchant l’arrestation d’un archéologue, croyez que cela est entièrement véritable et que je suis en mesure d’en donner les preuves — et de citer encore un autre fait analogue arrivé dans une autre partie de l’Oise. – Si ma géographie n’est pas toujours irréprochable, c’est que je crains avant tout de compromettre les personnes.

Il y a encore, dans ce que je vous ai écrit, un mot qui m’a causé une heure d’insomnie. J’ai fait, peut-être, une faute de français, — en parlant « d’abus de l’autorité, qui amènent des réactions en sens contraire ».

La faute paraît simple au premier abord ; — mais il y a plusieurs sortes de réactions : les unes prennent des biais, – les autres sont des réactions qui consistent à s’arrêter. J’ai voulu dire qu’un excès amenait d’autres excès. Ainsi il est impossible de ne point blâmer les incendies, — et les dévastations privées, — rares pourtant de nos jours. Il se mêle toujours à la foule en rumeur un élément hostile ou étranger qui conduit les choses au-delà des limites que le bon sens général aurait imposées, et qu’il finit toujours par tracer.

Je n’en veux pour preuve qu’une anecdote qui m’a été racontée par un bibliophile fort connu, — et dont un autre bibliophile a été le héros.

Le jour de la révolution de Février, on brûla quelques voitures, — dites de la liste civile ; — ce fut, certes, un grand tort, qu’on reproche durement aujourd’hui à cette foule mélangée qui, derrière les combattants, entraînait aussi des traîtres… On pouvait considérer que les voitures de la cour avaient été payées avec l’argent de la nation ; — mais il était inutile de détruire des voitures qui avaient coûté cher.

Le bibliophile dont je parle se rendit ce soir-là au Palais-National. Sa préoccupation ne s’adressait pas aux voitures ; il était inquiet d’un ouvrage en quatre volumes in-folio intitulé Perceforest.

C’était un de ces roumans du cycle d’Artus, — ou du cycle de Charlemagne, — où sont contenues les épopées de nos plus anciennes guerres chevaleresques.

Il entra dans la cour du palais, se frayant un passage au milieu du tumulte. — C’était un homme grêle, d’une figure sèche, mais ridée parfois d’un sourire bienveillant, correctement vêtu d’un habit noir, et à qui l’on ouvrit passage avec curiosité.

« Mes amis, dit-il, a-t-on brûlé le Perceforest ?

— On ne brûle que les voitures.

— Très bien ! continuez. Mais la bibliothèque ?

— On n’y a pas touché… Ensuite, qu’est-ce que vous demandez ?

— Je demande qu’on respecte l’édition en quatre volumes du Perceforest, — un héros d’autrefois… ; édition unique, avec deux pages transposées et une énorme tache d’encre au troisième volume. »

On lui répondit :

« Montez au premier. »

Au premier, il trouva des gens qui lui dirent :

« Nous déplorons ce qui s’est fait dans le premier moment. On a dans le tumulte, abîmé quelques tableaux…

— Oui, je sais, un Horace Vernet… Tout cela n’est rien : — le Perceforest ? … »

On le prit pour un fou. Il se retira et parvint à découvrir la concierge du palais, qui s’était retirée chez elle.

« Madame, si l’on n’a pas pénétré dans la bibliothèque, assurez-vous d’une chose : c’est de l’existence du Perceforest, — édition du XVIe siècle, reliure blanche en parchemin de Gaume. Le reste de la bibliothèque, ce n’est rien… mal choisi ! — des gens qui ne lisent pas ! — Mais le Perceforest vaut quarante mille francs sur les tables. »

La concierge ouvrit de grands yeux.

« Moi, j’en donnerais, aujourd’hui, vingt mille… malgré la dépréciation des fonds que doit amener nécessairement une révolution.

— Vingt mille francs !

— Je les ai chez moi ! Seulement ce ne serait que pour rendre le livre à la nation. C’est un monument. »

La concierge étonnée, éblouie, consentit avec courage à se rendre à la bibliothèque et à y pénétrer par un petit escalier. L’enthousiasme du savant l’avait gagnée.

Elle revint, après avoir vu le livre sur le rayon où le bibliophile savait qu’il était placé.

« Monsieur, le livre est en place. Mais il n’y a que trois volumes… Vous vous êtes trompé.

— Trois volumes !… Quelle perte !… Je m’en vais trouver le gouvernement provisoire, — il y en a toujours un… Le Perceforest incomplet ! Les révolutions sont épouvantables ! »

Le bibliophile courut à l’Hôtel de Ville. — On avait autre chose à faire que de s’occuper de bibliographie. Pourtant il parvint à prendre à part M. Arago, — qui comprit l’importance de sa réclamation et des ordres furent donnés immédiatement.

Le Perceforest n’était incomplet que parce qu’on en avait prêté précédemment un volume.

Nous sommes heureux de penser que cet ouvrage a pu rester en France.

Celui des Aventures de l’abbé de Bucquoy, qui doit être vendu le 20, n’aura peut-être pas le même sort !

Et maintenant tenez compte, je vous prie, des fautes qui peuvent être commises, — dans une tournée rapide, souvent interrompue par la pluie ou par le brouillard…

Je quitte Senlis à regret ; — mais mon ami le veut pour me faire obéir à une pensée que j’avais manifestée imprudemment ; — les amis sont comme les enfants, — ce sont des tourments, — c’est encore une locution du pays.

Je me plaisais tant dans cette ville, où la Renaissance, le Moyen Âge et l’époque romaine se retrouvent çà et là — au détour d’une rue, dans un jardin, dans une écurie, dans une cave. — Je vous parlais « de ces tours des Romains recouvertes de lierre » ! — L’éternelle verdure dont elles sont vêtues fait honte à la nature inconstante de nos pays froids. — En Orient,les bois sont toujours verts ; — chaque arbre a sa saison de mue ; mais cette saison varie selon la nature de l’arbre. C’est ainsi que j’ai vu, au Caire, les sycomores perdre leurs feuilles en été. En revanche, ils étaient verts au mois de janvier.

Les allées qui entourent Senlis et qui remplacent les antiques fortifications romaines, — restaurées plus tard, par suite du long séjour des rois carlovingiens, — n’offrent plus au regard que des feuilles rouillées d’ormes, et de tilleuls. Cependant la vue est encore belle, aux alentours, par un beau coucher de soleil. Les forêts de Chantilly, de Compiègne et d’Ermenonville ; — les bois de Châalis et de Pont-Armé, se dessinent avec leur masse rougeâtre sur le vert clair des prairies qui les séparent. Des châteaux lointains élèvent encore leurs tours, — solidement bâties en pierres de Senlis, et qui, généralement, ne servent plus que de pigeonniers.

Les clochers aigus, hérissés de saillies régulières, qu’on appelle dans le pays des ossements (je ne sais pourquoi), retentissent encore de ce bruit de cloches qui portait une douce mélancolie dans l’âme de Rousseau…

Accomplissons le pèlerinage que nous nous sommes promis de faire, non pas près de ses cendres, qui reposent au Panthéon, — mais près de son tombeau, situé à Ermenonville, dans l’île dite des Peupliers.

La cathédrale de Senlis, l’église Saint-Pierre, qui sert aujourd’hui de caserne aux cuirassiers, le château de Henri IV, adossé aux vieilles fortifications de la ville, les cloîtres byzantins de Charles le Gros et de ses successeurs, n’ont rien qui doive nous arrêter… C’est encore le moment de parcourir les bois, malgré la brume obstinée du matin.

Nous sommes partis de Senlis, à pied, à travers les bois, aspirant avec bonheur la brume d’automne. En regardant les grands arbres qui ne conservaient au sommet qu’un bouquet de feuilles jaunies, mon ami Sylvain me dit :

« Te souviens-tu du temps où nous parcourions ces bois, quand tes parents te laissaient venir chez nous, où tu avais d’autres parents ?… Quand nous allions tirer les écrevisses des pierres, sous les ponts de la Nonette et de l’Oise… tu avais soin d’ôter tes bas et tes souliers, et on t’appelait : petit Parisien ?

— Je me souviens, lui dis-je, que tu m’as abandonné une fois dans le danger. C’était à un remous de l’Oise, vers Neufmoulin, — je voulais absolument passer l’eau pour revenir par un chemin plus court chez ma nourrice. — Tu me dis : « On peut passer. » Les longues herbes et cette écume verte qui surnage dans les coudes de nos rivières me donnèrent l’idée que l’endroit n’était pas profond. Je descendis le premier. Puis je fis un plongeon dans sept pieds d’eau. Alors tu t’enfuis, craignant d’être accusé d’avoir laissé se nayer le petit Parisien, et résolu à dire, si l’on t’en demandait des nouvelles, qu’il était allé où il avait voulu. — Voilà les amis. »

Sylvain rougit et ne répondit pas.

« Mais ta sœur, ta sœur qui nous suivait, — pauvre petite fille, — pendant que je m’abîmais les mains en me retenant, après mon plongeon aux feuilles coupantes des iris, se mit à plat ventre sur la rive et me tira par les cheveux de toutes sa force.

— Pauvre Sylvie ! dit en pleurant mon ami.

— Tu comprends, répondis-je, que je ne te dois rien…

— Si ; je t’ai appris à monter aux arbres. Vois ces nids de pies qui se balancent encore sur les peupliers et sur les châtaigniers, — je t’ai appris à les aller chercher, — ainsi que ceux des piverts, — situés plus haut au printemps. — Comme Parisien, tu étais obligé d’attacher à tes souliers des griffes en fer, tandis que moi je montais avec mes pieds nus !

— Sylvain, dis-je, ne nous livrons pas à des récriminations. Nous allons voir la tombe où manquent les cendres de Rousseau. Soyons calmes. — Les souvenirs qu’il a laissés ici valent bien ses restes. »

Nous avions parcouru un route qui aboutit aux bois et au château de Mont-l’Évêque. — Des étangs brillaient çà et là à travers les feuilles rouges relevées par la verdure sombre des pins. Sylvain me chanta ce vieil air du pays :

Courage ! mon ami, courage !
Nous voici près du village.
À la première maison,
Nous nous rafraîchirons !

On buvait dans le village un petit vin qui n’était pas désagréable pour des voyageurs. L’hôtesse nous dit, voyant nos barbes : « Vous êtes des artistes… vous venez donc pour voir Châalis ? »

Châalis, — à ce nom je me ressouvins d’une époque bien éloignée… celle où l’on me conduisait à l’abbaye, une fois par an, pour entendre la messe, et pour voir la foire qui avait lieu près de là.

« Châalis, dis-je… Est-ce que cela existe encore ?

— Mais mon enfant, on a vendu le château, l’abbaye, les ruines, tout ! Seulement, ce n’est pas à des personnes qui voudraient les détruire… Ce sont des gens de Paris qui ont acheté le domaine, — et qui veulent faire des réparations. La dame a déclaré qu’elle dépenserait quatre cent mille francs !

— Ma foi, dit Sylvain, ceux qui dépensent ainsi ont le droit de conserver leur fortune.

— C’est un grand bien pour le pays, dit l’hôtesse.

— À Senlis, dit Sylvain, la révolution a causé d’abord de grandes craintes. Beaucoup ont vendu à vil prix leurs voitures et leurs chevaux. Il y a eu une personne qui, ne voulant pas conserver sa voiture de peur de se compromettre, l’a donnée pour rien !… On a vendu des couples de chevaux de cinq mille francs pour six cents francs !

— J’aurais bien voulu les avoir !

— Les chevaux ?

— Non…

— Seulement, il faut le dire, — ajouta Sylvain, à l’honneur de notre pays, d’autres n’eurent que l’idée de se résoudre à faire plus de dépenses. Des gens que leurs habitudes ou leur âge invitaient à la tranquillité et au repos donnèrent des fêtes, firent travailler les ouvriers, commandèrent des équipages, et achetèrent des chevaux — autres que ceux que les peureux faisaient vendre… et qui tombèrent dans les mains des maquignons.

— Sylvain ! dis-je, je t’estime ; tu as nuancé parfaitement ton récit. »

GÉRARD DE NERVAL

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jeudi 21 novembre 1850 – Le National, Les Faux Saulniers, 15e livraison.

Tandis que Nerval attend toujours impatiemment la vente aux enchères à Paris qui lui permettra d’acquérir enfin l’Histoire de l’abbé de Bucquoy, le récit de la promenade valoisienne en compagnie de Sylvain, adressé au journal depuis La Chapelle-en-Serval, à quelques kms de Mortefontaine se poursuit au domaine de Chaalis, récemment racheté par Mme de Vatry.

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LES FAUX SAULNIERS

La Chapelle-en-Serval, ce 20 novembre.

De même qu’il est bon dans une symphonie même pastorale de faire revenir de temps en temps le motif principal, gracieux, tendre ou terrible, pour enfin le faire tonner au finale, avec la tempête graduée de tous les instruments, — je crois utile de vous parler encore de l’abbé de Bucquoy, sans m’interrompre dans la course que je fais en ce moment vers le château de ses pères, avec cette intention de mise en scène exacte et descriptive sans laquelle ses aventures n’auraient qu’un faible intérêt.

Le finale se recule encore, — et vous allez voir que c’est encore malgré moi…

Et d’abord, réparons une injustice à l’égard de ce bon M. R*** de la Bibliothèque nationale, qui, loin de s’occuper légèrement de la recherche du livre, a remué tous les fonds des huit cent mille volumes que nous y possédons. Je l’ai appris depuis, — mais, ne pouvant trouver la chose absente, il m’a donné officieusement avis de la vente Techener, ce qui est le procédé d’un véritable savant.

Sachant bien que toute vente de grande bibliothèque se continue pendant plusieurs jours, j’avais demandé avis du jour désigné pour la vente du livre, voulant, si c’était justement le 20, me trouver à la vacation du soir.

Mais ce ne sera que le 30 !

Le livre est bien classé dans la rubrique : Histoire, et sous le n° 3584. — Événement des plus rares, etc., l’intitulé que vous savez.

La note suivante y est annexée.

« Rare. — Tel est le titre de ce livre bizarre, en tête duquel se trouve une gravure représentant L’Enfer des vivans, ou la Bastille. Le reste du volume est composé des choses les plus singulières.

« Catalogue de la bibliothèque de M. M***, etc. »

Je puis encore vous donner un avant-goût de l’intérêt de cette histoire, dont quelques personnes semblaient douter, en reproduisant des notes que j’ai prises dans la biographie Michaud.

Après la biographie de Charles Bonaventure, comte de Bucquoy, généralissime et membre de l’ordre de la Toison d’or, célèbre par ses guerres en France, en Bohême et en Hongrie, et dont le petit-fils, Charles, fut créé prince de l’empire, — on trouve l’article sur l’abbé de Bucquoy, — indiqué comme étant de la même famille que le précédent. Sa vie politique commença par cinq années de services militaires. Échappé comme par miracle à un grand danger, il fit vœu de quitter le monde et se retira à la Trappe. L’abbé de Rancé, — sur lequel Chateaubriand a écrit son dernier livre, — le renvoya, comme peu croyant. Il reprit son habit galonné, qu’il troqua bientôt contre les haillons d’un mendiant.

À l’exemple des fakirs et des derviches, il parcourait le monde, pensant donner des exemples d’humilité et d’austérité. Il se faisait appeler le Mort, et tint même à Rouen, sous ce nom, une école gratuite. Je m’arrête de peur de déflorer le sujet. Je ne veux que faire remarquer encore, pour prouver que cette histoire a du sérieux, qu’il proposa plus tard aux États-Unis de Hollande, en guerre avec Louis XIV, « un projet pour faire de la France une république, et y détruire, disait-il, le pouvoir arbitraire. » Il mourut à Hanovre, à quatre-vingt-dix ans, laissant son mobilier et ses livres à l’Église catholique, dont il n’était jamais sorti. — Quant à ses seize années de voyage dans l’Inde, je n’ai encore là-dessus de données que par le livre en hollandais de la Bibliothèque nationale. Nous en parlerons plus tard.

Tout ceci est donc sérieux ; voici ce qui ne l’est pas moins :

Je reçois, avec les renseignements que j’attendais, un congé du logement que j’occupais depuis longtemps à Paris. — Pardon de vous parler encore de moi. Mais de même que la vie de l’abbé de Bucquoy me semble pouvoir éclairer toute une époque, — d’après le procédé bien connu d’analyse qui va du simple au composé, il me semble que l’existence d’un écrivain étant publique plus que celle des autres, qui cachent toujours des recoins obscurs, c’est sur lui-même qu’il doit au besoin donner exemple des faits ordinaires qui se passent dans une société.

Voici le document tout à fait féodal dont vous pourrez n’insérer que les passages qui vous sembleront utiles pour démontrer encore plus combien les formes vieillies de nos administrations sont blessantes pour les particuliers. — Ceci s’adresse aux habitudes et non aux hommes, qui ne font que remplir un patron tracé.

Le requérant es-nom (le préfet de la Seine), poursuivant l’expropriation pour cause d’utilité publique, des immeubles nécessaires à la formation des abords du Louvre et au prolongement de la rue de Rivoli, parmi lesquels se trouve compris celui qu’habite le susnommé, entend lui donner, comme de fait il lui donne par ces présentes congé de toutes les localités qu’il occupe dans ladite maison, et ce pour le premier janvier mil huit cent cinquante-un, entendant qu’à ladite époque il quitte les lieux et fasse place nette en satisfaisant à toutes les charges imposées à un locataire sortant ;

Que cependant, ne voulant pas que les frais occasionnés par cette éviction pour cause d’utilité publique restent à la charge du locataire susnommé, mondit requérant lui fait offre par ces présentes d’une somme de vingt francs qui lui sera payée à la caisse municipale de Paris, sur le vu de son acceptation, qui devra être donnée dans la quinzaine de ce jour.

Lui déclarant qu’en cas de non-acceptation d’ici à cette époque, le requérant entend retirer, comme de fait par ces présentes, il retire positivement les dites offres par lui faites, pour s’en tenir purement et simplement au congé précédemment donné, qui devra recevoir son exécution dans les termes de droit.

À ce que le susnommé n’en ignore je lui en ai, en parlant comme dessus, laissé la présente copie.

Coût, trois francs. Brizard.

 

Je ne voudrais pas ici faire de la politique. — Je n’ai jamais voulu faire que de l’opposition. — L’expropriation est parfaitement juste, mais les termes en sont impropres. Je remarque que l’administration prend toujours, en France, un ton sévère. — De même que dans la justice, l’homme soupçonné est toujours, de prime abord, regardé comme coupable. Si même il est reconnu innocent, il demeure toujours suspect.

Ceci est une des grandes causes de nos troubles civils. Si nous voulons examiner seulement l’intérieur des familles, nous verrons que quand le maître gronde, du supérieur à l’inférieur par étages, tout le monde gronde. Le chien lui-même devient hargneux. — Quand le maître est nerveux, tout le monde devient nerveux et souffre. — On se rend compte de cela, surtout quand on a habité la province, où les divisions d’état à état sont plus tranchées.

Issu, par ma mère, des premières communes franches, situées au nord de Paris, j’ai retenu, des impressions d’enfance, le vif sentiment du droit qui règne dans la Flandre française, — comme en Angleterre et dans les Pays-Bas. C’est pourquoi, me retrouvant dans ce milieu, je vous écris ces lignes, qu’on trouvera peut-être singulières à Paris, mais dont on comprendra sans doute le sentiment ; — car Paris comprend tout.

Nous sommes allés à Châalis pour voir en détail le domaine, avant qu’il soit restauré. Il y a d’abord une vaste enceinte entourée d’ormes ; puis, on voit à gauche un bâtiment dans le style du XVIe siècle, restauré sans doute plus tard selon l’architecture lourde du petit château de Chantilly.

Quand on a vu les offices et les cuisines, l’escalier suspendu du temps de Henri vous conduit aux vastes appartements des premières galeries, — grands appartements et petits appartements donnant sur les bois. Quelques peintures enchâssées, le grand Condé à cheval et des vues de la forêt, voilà tout ce que j’ai remarqué. Dans une salle basse, on voit un portrait de Henri IV à trente-cinq ans.

C’est l’époque de Gabrielle, — et probablement ce château a été témoin de leurs amours. — Ce prince qui, au fond, m’est peu sympathique, demeura longtemps à Senlis, surtout dans la première époque du siège, et l’on y voit, au-dessus de la porte de la mairie et des trois mots : Liberté, égalité, fraternité, son portrait en bronze avec une devise gravée, dans laquelle il est dit que son premier bonheur fut à Senlis, — en 1590. — Ce n’est pourtant pas là que Voltaire a placé la scène principale, imitée de l’Arioste, de ses amours avec Gabrielle d’Estrées.

Ne trouvez-vous pas étrange que les d’Estrées se trouvent être encore des parents de l’abbé de Bucquoy ? C’est cependant ce que révèle encore la généalogie de sa famille… Je n’invente rien.

C’était le fils du garde qui nous faisait voir le château, — abandonné depuis longtemps. — C’est un homme qui, sans être lettré, comprend le respect qu’on doit aux antiquités. Il nous fit voir dans une des salles un moine qu’il avait découvert dans les ruines. À voir ce squelette couché dans une auge de pierre, j’imaginai que ce n’était pas un moine, mais un guerrier celte ou franc couché selon l’usage, — avec le visage tourné vers l’Orient dans cette localité, où les noms d’Erman ou d’Armen (1) sont communs dans le voisinage, sans parler même d’Ermenonville, située près de là, — et que l’on appelle dans le pays Arme-Nonville ou Nonval, qui est le terme ancien.

Pendant que j’en faisais l’observation à Sylvain, nous nous dirigions vers les ruines. Un passant vint dire au fils du garde qu’un cygne venait de se laisser tomber dans un fossé. « Va le chercher. — Merci… pour qu’il me donne un mauvais coup. »

Sylvain fit cette observation qu’un cygne n’est pas bien redoutable.

« Messieurs, dit le fils du garde, j’ai vu un cygne casser la jambe à un homme d’un coup d’aile. »

Sylvain réfléchit et ne répondit pas.

Le pâté des ruines principales forme les restes de l’ancienne abbaye, bâtie probablement vers l’époque de Charles VII, dans le style du gothique fleuri, sur des voûtes carlovingiennes aux piliers lourds, qui recouvrent les tombeaux. Le cloître n’a laissé qu’une longue galerie d’ogives qui relie l’abbaye à un premier monument, où l’on distingue encore des colonnes byzantines taillées à l’époque de Charles le Gros, et engagée dans de lourdes murailles du XVIe siècle.

« On veut, nous dit le fils du garde, abattre le mur du cloître pour que, du château, l’on puisse avoir une vue sur les étangs. C’est un conseil qui a été donné à Madame.

— Il faut conseiller, dis-je, à votre dame de faire ouvrir seulement les arcs des ogives qu’on a remplis de maçonnerie, et alors la galerie se découpera sur les étangs, ce qui sera beaucoup plus gracieux. »

Il a promis de s’en souvenir.

La suite des ruines amenait encore une tour et une chapelle. Nous montâmes à la tour. De là l’on distinguait toute la vallée, coupée d’étangs et de rivières, avec les longs espaces dénudés qu’on appelle le désert d’Ermenonville, et qui n’offrent que des grès de teinte grise, entremêlés de pins maigres et de bruyères.

Des carrières rougeâtres se dessinaient encore çà et là à travers les bois effeuillés, et ravivaient la teinte verdâtre des plaines et des forêts, — où les bouleaux blancs, les troncs tapissés de lierre et les dernières feuilles d’automne se détachaient encore sur les masses rougeâtres des bois encadrées des teintes bleuâtres de l’horizon.

Nous redescendîmes pour voir la chapelle ; c’est une merveille d’architecture. L’élancement des piliers et des nervures, l’ornement sobre et fin des détails, révélaient l’époque intermédiaire entre le gothique fleuri et la Renaissance. Mais, une fois entrés, nous admirâmes les peintures, — qui m’ont semblé être de cette dernière époque.

« Vous allez voir des saintes un peu décolletées », nous dit le fils du garde. En effet, on distinguait une sorte de Gloire peinte en fresque du côté de la porte, parfaitement conservée malgré ses couleurs pâlies, sauf la partie inférieure couverte de peintures à la détrempe, — mais qu’il ne sera pas difficile de restaurer.

Les bons moines de Châalis auraient voulu supprimer quelques nudités trop voyantes du style Médicis. — En effet, tous ces anges et toutes ces saintes faisaient l’effet d’amours et de nymphes aux gorges et aux cuisses nues. L’absyde [sic] de la chapelle offre dans les intervalles de ses nervures d’autres figures mieux conservées encore et du style allégorique usité postérieurement à Louis XII. — En nous retournant pour sortir nous remarquâmes au-dessus de la porte des armoiries qui devaient indiquer l’époque des dernières ornementations.

Il nous fut difficile de distinguer les détails de l’écusson écartelé qui avait été repeint postérieurement en bleu et en blanc. Au 1 et au 4, c’étaient d’abord des oiseaux que le fils du garde appelait des cygnes, — disposés par 2 et 1 ; — mais ce n’étaient pas des cygnes.

Sont-ce des aigles éployés, des merlettes ou des alérions ou des ailettes attachées à des foudres ?

Aux 2 et 3, ce sont des fers de lance, ou des fleurs de lys, ce qui est la même chose. Un chapeau de cardinal recouvrait l’écusson et laissait tomber des deux côtés ses résilles triangulaires ornées de glands ; mais n’en pouvant compter les rangées, parce que la pierre était fruste, nous ignorions si ce n’était pas un chapeau d’abbé.

Je n’ai pas de livres ici. mais il me semble que ce sont là les armes de Lorraine, écartelées de celles de France. Seraient-ce les armes du cardinal de Lorraine, qui fut proclamé roi dans ce pays, sous le nom de Charles X, ou celles de l’autre cardinal, qui aussi était soutenu par la Ligue ?… Je m’y perds, n’étant encore, je le reconnais, qu’un bien faible historien…

(1) Hermann, Arminius, ou peut-être Hermès.

GÉRARD DE NERVAL

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vendredi 22 novembre 1850 – Le National, Les Faux Saulniers, 16e livraison.

Le feuilleton, daté d’Ermenonville, poursuit le récit du périple valoisien avec la visite du cénotaphe de Rousseau, du château, investi par le souvenir des Illuminés, des rochers ornés d’inscription, de l’église du village.

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LES FAUX SAULNIERS

LE CHÂTEAU D’ERMENONVILLE — LES ILLUMINÉS — LE ROI DE PRUSSE —

GABRIELLE ET ROUSSEAU — LES TOMBES — LES ABBÉS DE CHAALIS

Ermenonville.

En quittant Châalis, il y a encore à traverser quelques bouquets de bois, puis nous entrons dans le désert. Il y a là assez de désert pour que, du centre, on ne voie point d’autre horizon, — pas assez pour qu’en une demi-heure de marche on n’arrive au paysage le plus calme, le plus charmant du monde… Une nature suisse découpée au milieu du bois, par suite de l’idée qu’a eue René de Girardin d’y transplanter l’image du pays dont sa famille était originaire.

Quelques années avant la Révolution, le château d’Ermenonville était le rendez-vous des Illuminés qui préparaient silencieusement l’avenir. Dans les soupers célèbres d’Ermenonville, on a vu successivement le comte de Saint-Germain, Mesmer et Cagliostro, développant, dans des causeries inspirées, des idées et des paradoxes, dont l’école dite de Genève hérita plus tard. — Je crois bien que M. de Robespierre, le fils du fondateur de la loge écossaise d’Arras, – tout jeune encore, — peut-être encore plus tard Senancour, Saint-Martin, Dupont de Nemours et Cazotte, vinrent exposer, soit dans ce château, soit dans celui de Le Peletier de Mortfontaine, les idées bizarres qui se proposaient les réformes d’une société vieillie, — laquelle dans ses modes mêmes, avec cette poudre qui donnait aux plus jeunes fronts un faux air de vieillesse, — indiquait la nécessité d’une complète transformation.

Saint-Germain appartient à une époque antérieure, mais il est venu là. — C’est lui qui avait fait voir à Louis XV dans un miroir d’acier son petit-fils sans tête, comme Nostradamus avait fait voir à Marie de Médicis les rois de sa race, — dont le quatrième était également décapité.

Ceci est de l’enfantillage. Ce qui relève les mystiques, c’est le détail rapporté par Beaumarchais (le village de Beaumarchais est situé à une lieue d’Ermenonville, — pays de légendes) que les Prussiens, — arrivés jusqu’à trente lieues de Paris, — se replièrent tout à coup d’une manière inattendue d’après l’effet d’une apparition dont leur roi fut surpris, — et qui lui fit dire : « N’allons pas outre ! » — comme en certains cas disaient les chevaliers.

Les Illuminés français et allemands s’entendaient par des rapports d’affiliation. Les doctrines de Weisshaupt et de Jacob Boehm avaient pénétré chez nous, dans les anciens pays francs et bourguignons, — par l’antique sympathie et les relations séculaires des races de même origine. Le premier ministre du neveu de Frédéric II était lui-même un Illuminé. — Beaumarchais suppose qu’à Verdun, sous couleur d’une séance de magnétisme, on fit apparaître devant Frédéric-Guillaume son oncle qui lui aurait dit : « Retourne ! » — comme le fit un fantôme à Charles VI.

Ces données bizarres confondent l’imagination ; seulement, Beaumarchais, qui était un sceptique, a prétendu que, pour cette scène de fantasmagorie, on fit venir de Paris l’acteur Fleury, qui avait joué précédemment aux Français le rôle de Frédéric II, — et qui aurait ainsi fait illusion au roi de Prusse, — lequel, depuis, se retira, comme on sait, de la confédération des rois ligués contre la France.

Les souvenirs des lieux où je suis m’oppressent moi-même ; — de sorte que je vous envoie tout cela au hasard, mais d’après des données sûres ; — un détail plus important à recueillir, c’est que le général prussien qui, dans nos désastres de la Restauration, prit possession du pays, — ayant appris que la tombe de Jean-Jacques Rousseau se trouvait à Ermenonville, exempta toute la contrée, depuis Compiègne, des charges de l’occupation militaire. — C’était, je crois, le prince d’Anhalt : — souvenons-nous, au besoin, de ce trait.

Rousseau n’a séjourné que peu de temps à Ermenonville. S’il y a accepté un asile, c’est que depuis longtemps, dans les promenades qu’il faisait en partant de l’Ermitage de Montmorency, il avait reconnu que cette contrée présentait à un herboriseur des variétés de plantes remarquables dues à la variété des terrains.

Nous sommes allés descendre à l’auberge de la Croix-Blanche, où il demeura lui-même quelques temps à son arrivée. Ensuite, il logea encore de l’autre côté du château, dans une maison occupée aujourd’hui par un épicier. — M. René de Girardin lui offrit un pavillon inoccupé, faisant face à un autre pavillon qu’occupait le concierge du Château. — Ce fut là qu’il mourut.

En nous levant, nous allâmes parcourir les bois encore enveloppés des brouillards d’automne, — que peu à peu nous vîmes se dissoudre en laissant reparaître le miroir azuré des lacs. — J’ai vu de pareils effets de perspectives sur des tabatières du temps… : — l’île des Peupliers, au-delà des bassins qui surmontent une grotte factice, sur laquelle l’eau tombe, – quand elle tombe… – Sa description pourrait se lire dans les idylles de Gessner.

Les rochers qu’on rencontre en parcourant les bois sont couverts d’inscriptions poétiques. Ici :

Sa masse indestructible a fatigué le temps.

Ailleurs :

Ce lieu sert de théâtre aux course valeureuses
Qui signalent du cerf les fureurs amoureuses.

Ou encore avec un bas-relief représentant des druides qui coupent le gui :

Tels furent nos aïeux dans leurs bois solitaires !

Ces vers ronflants me semblent être de Roucher… — Delille les aurait faits moins solides.

M. René de Girardin faisait aussi des vers. — C’était en outre un homme de bien. Je pense qu’on lui doit les vers suivants sculptés sur une fontaine d’un endroit voisin, que surmontaient un Neptune et une Amphytrite [sic], — légèrement décolletés, comme les anges et les saints de Châalis :

Des bords fleuris où j’aimais à répandre
Le pur cristal des mes eaux,
Passant, je viens ici me rendre
Aux désirs, aux besoins de l’homme et des troupeaux.
En puissant les trésors de mon urne féconde,
Songe que tu les dois à des soins bienfaisans,
Puissé-je n’abreuver du tribut de mes ondes
Que des mortels paisibles et contens !

Je ne m’arrête pas à la forme des vers ; — c’est la pensée d’un honnête homme que j’admire. — L’influence de son séjour est profondément sentie dans le pays. — Là, ce sont des salles de danse, — où l’on remarque encore le banc des vieillards ; là, des tirs à l’arc, avec la tribune d’où l’on distribuait les prix… Au bord des eaux, des temples ronds, à colonnes de marbre, consacrés soit à Vénus génitrice, soit à Hermès consolateur. — Toute cette mythologie avait alors un sens philosophique et profond.

La tombe de Rousseau est restée telle qu’elle était, avec sa forme antique et simple, et les peupliers, effeuillés accompagnent encore d’une manière pittoresque le monument qui se reflète dans les eaux dormantes de l’étang. Seulement la barque qui y conduisait les visiteurs est aujourd’hui submergée… Les cygnes, je ne sais pourquoi, au lieu de nager gracieusement autour de l’île, préfèrent se baigner dans un ruisseau d’eau vive, qui coule dans un rebord, entre les saules aux branches rougeâtres, et qui aboutit à un lavoir, situé devant le château.

Nous sommes revenus au château. — C’est encore un bâtiment de l’époque de Henri IV, refait vers Louis XIV, et construit probablement sur des ruines antérieures, — car on a conservé une tour crénelée qui jure avec le reste, et les fondements massifs sont entourés d’eau, avec des poternes et des restes de ponts-levis.

Le concierge ne nous a pas permis de visiter les appartements, parce que les maîtres y résidaient. — Les artistes ont plus de bonheur dans les châteaux princiers, dont les hôtes sentent qu’après tout, ils doivent quelque chose à la nation.

On nous laissa seulement parcourir les bords du grand lac, dont la vue, à gauche, est dominée par la tour dite de Gabrielle, reste d’un ancien château. Un paysan qui nous accompagnait nous dit : « Voici la tour où était enfermée la belle Gabrielle… tous les soirs Rousseau venait pincer de la guitare sous sa fenêtre, et le roi, qui était jaloux, le guettait souvent, et a fini par le faire mourir. »

Voilà pourtant comment se forment les légendes. Dans quelques centaines d’années, on croira cela. — Henri IV, Gabrielle et Rousseau sont les grands souvenirs du pays. On a confondu déjà, — à deux cents ans d’intervalle, — les deux souvenirs, et Rousseau devient peu à peu le contemporain de Henri IV. Comme la population l’aime, elle suppose que le roi a été jaloux de lui, et trahi par sa maîtresse — en faveur de l’homme sympathique aux races souffrantes. Le sentiment qui a dicté cette pensée est peut-être plus vrai qu’on ne croit. — Rousseau, qui a refusé cent louis de Mme de Pompadour, — a ruiné profondément l’édifice royal fondé par Henri. Tout a croulé. — Son image immortelle demeure debout sur les ruines.

Quant à ses chansons, dont nous avons vu les dernières à Compiègne, elles célébraient d’autres que Gabrielle. Mais le type de la beauté n’est-il pas éternel comme le génie ?

En sortant du parc, nous nous sommes dirigés vers l’église, située sur la hauteur. Elle est fort ancienne, mais moins remarquable que la plupart de celles du pays. Le cimetière était ouvert ; nous y avons vu principalement le tombeau de Vic, — ancien compagnon d’armes de Henri IV, — qui lui avait fait présent du domaine d’Ermenonville. C’est un tombeau de famille, dont la légende s’arrête à un abbé. — Il reste ensuite des filles qui s’unissent à des bourgeois. — Tel a été le sort de la plupart des anciennes maisons. Deux tombes plates d’abbés, très vieilles, dont il est difficile de déchiffrer les légendes, se voient encore près de la terrasse. Puis, près d’une allée, une pierre simple sur laquelle on trouve inscrit : Ci-gît Almazor. Est-ce un fou ? — est-ce un laquais ? — est-ce un chien ? La pierre ne dit rien de plus.

Du haut de la terrasse du cimetière, la vue s’étend sur la plus belle partie de la contrée ; les eaux miroitent à travers les grands arbres roux, les pins et les chênes verts. Les grès du désert prennent à gauche un aspect druidique. La tombe de Rousseau se dessine à droite, et plus loin, sur le bord, le temple de marbre d’une déesse absente, — qui doit être la Vérité.

Ce dut être un beau jour que celui où une députation, envoyée par l’Assemblée nationale, vint chercher les cendres du philosophe pour les transporter au Panthéon. — Lorsqu’on parcourt le village, on est étonné de la fraîcheur et de la grâce des petites filles, — avec leurs grands chapeaux de paille, elles ont l’air de Suissesses… Les idées sur l’éducation de l’auteur d’Émile semblent avoir été suivies ; les exercices de force et d’adresse, la danse, les travaux de précision encouragés par des fondations diverses ont donné sans doute à cette jeunesse, la santé, la vigueur et l’intelligence des choses utiles.

Je me suis peut-être trompé dans l’examen de l’écusson du fondateur de la chapelle de Châalis.

On m’a communiqué des notes sur les abbés de Châalis. « Robert de La Tourette, notamment, qui fut abbé là, de 1501 à 1522, fit de grandes restaurations… » On voit sa tombe devant le maître-autel.

« Ici arrivent les Médicis : Hippolyte d’Est, cardinal de Ferrare, 1554 ; — Aloys d’Est, 1586.

« Ensuite : Louis cardinal de Guise, 1601 ; — Charles-Louis de Lorraine, 1630. »

Il faut remarquer que les d’Este n’ont qu’un alérion au 2 et au 3, et que j’en ai vu trois au 1 et au 4 dans l’écusson écartelé.

« Charles II, cardinal de Bourbon (depuis Charles X — l’ancien), — lieutenant général de l’Ile-de-France depuis 1551, — eut un fils appelé Poullain. »

Je veux bien croire que ce cardinal-roi eût un fils naturel ; mais je ne comprends pas les trois alérions posés 2 et 1. Ceux de Lorraine sont sur une bande. Pardon de ces détails, mais la connaissance du blason est la clé de l’histoire en France… Les pauvres auteurs n’y peuvent rien !

GÉRARD DE NERVAL

 

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