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UN HIVER À VIENNE

 

À bien des égards, l’année 1839 fut douloureuse pour Nerval. La rupture avec Jenny Colon est désormais définitive. La comédienne, qui a épousé en avril 1838 le flûtiste Louis Marie Gabriel Leplus, enchaîne les succès et va bientôt quitter l’Opéra-Comique de Paris pour le théâtre de la Monnaie de Bruxelles. Par ailleurs, l’affaire de la faillite du Monde dramatique, que Nerval pensait résolue, ressurgit, et il doit faire face à de nouvelles poursuites judiciaires. Enfin, il a pu mesurer ce que valait l’amitié de Dumas : les articles promis n’ont pas été fournis au Monde dramatique et le drame de Léo Burckart, qui devait être écrit en commun, ne le fut en définitive que par lui seul. Le voyage en Allemagne de 1838 lui avait cependant permis de découvrir à quel point il se sentait en osmose avec l’âme allemande, et il avait noué des relations susceptibles de donner corps à son projet viennois. Dès le 18 septembre, de Francfort, il avait écrit à son père :

Il est incroyable de voir à quel point les gens de lettres français sont estimés et bien accueillis en Allemagne. cela m’a donné l’idée d’aller l’année prochaine à Vienne […] M. Durand [directeur du Journal de Francfort] me promet une recommandation pour M. de Metternich, qui est un de ses amis diplomatiques, et qui me ferait accueillir dans la plus belle société de la ville. 

 

ESPOIR DE RECONNAISSANCE ET HUMILIATION

S’il est certain que le désir de reconquérir l’estime paternelle ne fut pas étranger aux démarches entreprises par Nerval en 1839 pour obtenir une mission à Vienne, il ne faut pas sous-estimer d’autres motivations : sa notoriété en France, essentiellement journalistique, ne lui assure ni la reconnaissance littéraire à laquelle il aspire, ni l’indépendance financière. Pourquoi dès lors ne pas tenter la carrière diplomatique qui lui permettrait au moins de satisfaire son goût des voyages, et que, dira-t-il à Georges Bell, sa famille souhaitait pour lui ? Se rendre à Vienne, c’est à la fois retourner vers cette Allemagne qu’il aime, et se trouver aux portes de l’Orient, sur la route de Constantinople, la destination à laquelle il aspire en secret. La conjoncture politique est idéale puisque la question d’Orient agite toutes les chancelleries d’Europe dont Vienne est la plaque tournante, très vigilantes également sur le devenir de la jeune Confédération germanique et le courant illuministe bavarois. Or Nerval s’est déjà beaucoup documenté sur la question. Il propose donc ses services au ministère de l’Intérieur et se voit confier une mission semi-officielle assortie d’une indemnité de 600 francs. Dès son arrivée à Vienne, le 20 novembre 1839, il a à cœur de montrer au ministre de l’Intérieur qu’il prend sa mission au sérieux, en lui adressant une traduction de la Pentarchie européenne, brochure anonyme, parue à Leipzig en 1839, d’inspiration proslave et antifrançaise, qui encourageait les petits États de la Confédération germanique à se rapprocher de la Russie. Alexandre Weill, qui séjournait à Vienne en même temps que Nerval témoigne de l’aide qu’il lui a apportée pour cette traduction.

Le 2 décembre, dans une lettre adressée à son père, Nerval exprime son espoir de succès :

J’adresse avec ces lettres un travail assez bien réussi : je crois qu’il produira un bon effet. Si l’on m’envoie les 500 francs en plus, je serai fort à mon aise et fort heureux.

succès que lui confirme Gautier : « J’ai vu Texier qui m’a dit que le grand Mammamouchi [sans doute le ministre Duchâtel] avait été émerveillé de ta production, tu as surpris tes supérieurs, cette admiration devrait bien se résoudre en pièces de cent sols ».

Début décembre, le voilà lancé : il s’est présenté à l’ambassade de France, où il est désormais reçu, s’est épris de Marie Pleyel, qui fait avec Liszt et Bériot les beaux jours de la saison musicale viennoise, et il peut écrire avec satisfaction et une certaine malice à son père en affichant sa familiarité avec l'aristocratie autrichienne et, pire encore, avec Marmont, duc de Raguse, traître à Napoléon :

J’ai dîné hier à l’ambassade où je suis désormais reçu sur un pied d’intimité. Tu ne saurais croire toutes les bontés qu’on a pour moi dans la famille de M. de Sainte-Aulaire, et que je dois surtout à la recommandation de M. Lingay. D’ailleurs tout le monde ici est d’une bienveillance merveilleuse pour moi […] À propos j’étais hier, à table, à côté du duc de Raguse ; c’est un beau vieillard avec d’énormes sourcils noir ; il paraît fort spirituel et fort aimable d’ailleurs […] Me voilà comme tu étais en 1809 dans le grand moment de ma vie.

DIPLOMATE OU BOHÈME ?

En fait, Nerval est en pleine illusion, et la dualité de son comportement va rapidement passer pour de la duplicité. Dès son arrivée à Vienne, son installation dans le quartier juif populaire de Leopoldstadt, et ses fréquentations faubouriennes vont susciter une surveillance de la part de la police politique viennoise. On en comprend la raison à travers la chronique tenue au jour le jour de ses aventures sentimentales, qui constituera la publication intitulée Les Amours de Vienne le 7 mars 1841 dans la Revue de Paris. Une première « lettre », adressée le 2 décembre à Gautier, couvre les péripéties amoureuses du séjour viennois des 21, 22 et 23 novembre. Selon une technique de gestion du temps directement inspirée de Tristram Shandy ou de Jacques le Fataliste, le récit des rencontres de faubourg avec la Kathi ou Vhahby la Bohême est mené avec virtuosité, jouant de l’anticipation, de la rétrospection ou de l’ellipse. Un second envoi ne reprend la chronique que le 7, puis le 13 décembre, et enfin « le 31 décembre, jour de la saint-Sylvestre » qui clôt le récit des amours de faubourg et inaugure le récit des amours du « grand monde ». La correspondance venant valider et éclairer le récit des Amours de Vienne, on sait que la « dame brune » est Marie Pleyel, et que le salon où eut lieu leur première rencontre a toute chance d’être celui de l’ambassade de France. Le récit s’arrête au beau milieu de la visite que le narrateur rend à la « dame brune » le lendemain, et ne sera repris que douze ans plus tard, dans la Suite des Amours de Vienne. Pandora. Nerval semble en avoir eu le texte, ou au moins la teneur, prêt dès 1841 puisque le 14 mars, huit jours après la publication des Amours de Vienne, il écrit à Félix Bonnaire, directeur de la Revue de Paris : « Je vous ai écrit hier pour vous prier de m‘envoyer le numéro de dimanche où mon article a paru […] tâchez que je l’aie demain absolument. Je voudrais vous donner la suite cette semaine et je ne puis rien faire que je n’aie vu le commencement », ce qui laisse supposer que Nerval ne sait pas exactement où s’arrête le texte publié le 7 mars, mais, poursuit-il « je l’ai tout entier, soit en brouillon, soit dans ma tête ». Or aucune suite des Amours de Vienne ne paraît en 1841.

Ce n’est qu’en 1849 que Nerval reprend et prolonge la matière viennoise pour en faire le prologue de son voyage en Orient, dans un feuilleton intitulé Al-Kahira. Souvenirs d’Orient, révélant un peu plus de la vérité du séjour viennois. Le « journal » de la chronique amoureuse s’est prolongé de plusieurs entrées : 11, 14, 18 janvier, et 1er février. À la date du 11 janvier, apparaît un épisode jusque-là inédit : se sentant suivi dans la rue, le narrateur prend les devants et se présente de lui-même au chef de la police Sedlinsky, qui, plus amusé que soupçonneux, lui apprend qu’il est surveillé, et que ses lettres (dont celle qui narrait ses amours des faubourgs, destinée à Gautier) ont été lues par la police viennoise. Par ailleurs, le récit des amours du grand monde, qui se trouvait amorcé dans Les Amours de Vienne de 1841 à la date du 31 décembre, est reporté à la date du 1er février du « journal », mais s’interrompt exactement au même moment de l’histoire. Le chapitre suivant du feuilleton Al Kahira. Souvenirs d’Orient, comme d’ailleurs la version définitive de l’Introduction au Voyage en Orient en 1851, s’ouvre sur une ellipse spatiale et temporelle : le narrateur écrit à bord du bateau, sur lequel il s’est embarqué en hâte à Trieste pour fuir l’Autriche :

Quelle catastrophe, mon ami ! Comment te dire tout ce qui m’est arrivé, ou plutôt comment oser désormais livrer une lettre confidentielle à la poste impériale ! Songe bien que je suis encore sur le territoire de l’Autriche, c’est-à-dire sur des planches qui en dépendent, — le pont du Francesco-Primo, vaisseau du Lloyd autrichien.

De quelle « catastrophe » s’agit-il ? Rien, dans la correspondance des derniers jours passés à Vienne n’évoque le moindre incident. Nerval a-t-il simplement imaginé cette péripétie comme raccord romanesque entre le récit viennois et la suite du voyage vers l’Orient ? Une notice, de sa main, qui fait partie de l’ensemble des manuscrits autographes de Pandora incline à penser au contraire que l’épisode a un fondement très réel. On peut y lire :

Ceci est un fragment d’une lettre confidentielle adressée à Théophile Gautier, qui n’a vu le jour que par suite d’une indiscrétion de la police de Vienne — à qui je la pardonne, et il serait trop long, dangereux peut-être d’appuyer sur ce point. 

Il faut donc supposer qu’il y a bien eu une suite des Amours de Vienne qui fut adressée à Gautier. Nerval ne lui avait-il pas annoncé cette suite de ses aventures amoureuses, concernant cette fois « de grandes dames » ? Mais cette fois la censure ne pouvait pas laisser passer sans réagir. L’ambassade, et peut-être Metternich lui-même furent sans aucun doute discrètement mis en garde contre ce « jeune homme bien posé » qui « plaît prodigieusement aux dames », et désormais la courtoisie bienveillante qu’on lui manifestait à l’ambassade ne fut plus qu’une façade. Du reste, on sait aujourd’hui qu’au moment où Nerval demande son passeport pour Vienne, le ministère des Affaires étrangères avait été mis en garde par la communication d’un rapport de police informant que « Gérard Labrunie de Nerval […] est l’un des émissaires de Mme la duchesse de Berry » et que « son voyage a un but politique ». Lui-même n’a sans doute pas été informé sur le moment à Vienne de la méfiance qu’il inspirait désormais, mais qu’il a comprise rétrospectivement et qui lui fermera désormais les portes de la diplomatie. Son ami Alphonse Karr a noté le « trouble » de Nerval à son retour de Vienne : « […] il resta quelque temps à Vienne, alla dans le monde et fut accueilli avec une grande bienveillance […] il en fut d’abord enchanté, puis troublé, et revint en France persuadé que M. de Metternich le persécutait », note-t-il dans son Livre de bord. Nerval lui-même fera l’aveu de l’humiliation ressentie a posteriori dans la préface de Lorely. Souvenirs d’Allemagne :

Je devrais me méfier pourtant de sa [la Lorely] grâce trompeuse, — car son nom même signifie en même temps charme et mensonge ; et une fois déjà je me suis trouvé jeté sur la rive, brisé dans mes espoirs et dans mes amours, et bien tristement réveillé d’un songe heureux qui promettait d’être éternel.

Le réveil douloureux fut la conscience de l’imposture qu’avait constitué l’accueil apparemment bienveillant que lui avaient réservé la bonne société viennoise et la virtuose Marie Pleyel, mais plus encore la conscience de son propre statut d’imposteur : pas plus qu’au château de Mortefontaine de la petite enfance, Gérard ne fut « chez lui » au palais Starhemberg, comme il l’a trop vite proclamé à son père :

Je suis le commensal le plus fréquent de l’ambassade et dimanche dernier l’ambassadeur a eu la bonté de me dire : « Nous ne vous avons pas vu depuis trois jours ; vous abandonnez la maison paternelle. » […] La semaine dernière, nous avons lu des comédies devant toute une assistance de princes et d’ambassadeurs. M. de Metternich vient aux grandes soirées, mais nos convives les plus habituels sont les princes Schwarzenberg, Esterhazy, Dietrichstein et le maréchal. 

Cette illusion de proximité, et même d’intimité, qui n’était pour l’aristocratie viennoise que politesse de convention, et pour Marie Pleyel qu’un marivaudage sans conséquence, fut pour Nerval une blessure narcissique d’autant plus vive qu’elle venait alimenter l’interrogation identitaire du « qui suis-je ».

 

SUITE DES AMOURS DE VIENNE. PANDORA

Rétrospectivement, dans la période particulièrement troublée du mois de novembre 1853, Nerval tentera d’exorciser cette double humiliation sur le mode de l’autodérision dans la Suite des Amours de Vienne. Pandora. La séquence narrative dans le salon de la « dame brune », qui porte maintenant le nom de Pandora, met en scène la légèreté capricieuse et inconsciemment cruelle de l’artiste à l’égard du narrateur qu’elle traite comme un jouet :

Il faisait très-froid à Vienne, le jour de la Saint Sylvestre, et je me plaisais beaucoup dans le boudoir de la Pandora […] Tout à coup, elle se jeta à mon col et m’embrassa, en disant avec un fou rire :

— Tiens, c’est un petit prêtre ! Il est bien plus amusant que mon baron.

J’allai me rajuster à la glace, car mes cheveux châtains se trouvaient tout défrisés, et je rougis d’humiliation en sentant que je n’étais aimé qu’à cause d’un certain petit air ecclésiastique que me donnait [sic] mon air timide et mon habit noir.

Plus loin, la brillante soirée à l’ambassade, évoquée dans la lettre du 10 janvier 1840 au docteur Labrunie, subit elle aussi une métamorphose grotesque à la manière des Aventures de la nuit de Saint-Sylvestre d’Hoffmann dont Nerval avait traduit deux chapitres en 1831, en mettant en scène le narrateur grotesquement contraint de fuir le ridicule au milieu d’une aristocratie viennoise elle-même grotesque :

De colère, je renversai le paravent, qui figurait un salon de campagne. — Quel scandale ! — Je m’enfuis du salon à toutes jambes, bousculant, le long des escaliers, des foules d’huissiers à chaînes d’argent et d’heiduques galonnés, et, m’attachant des pattes de cerf, j’allai me réfugier honteusement dans la taverne des chasseurs.

 

SCHÖNBRUNN BELLE FONTAINE ET MORTEFONTAINE

Pendant son séjour à Vienne, Nerval s’est rendu à Schönbrunn. La Lettre sur Vienne publiée dans L’Artiste le 8 mars 1840 évoque cette visite comme une promenade mélancolique à travers les jardins désolés par l’hiver, la cour du château, « déserte et négligée » avec ses « chimères de marbre qui en gardent l’entrée », sa montée le long des allées bordées de statues du XVIIIe siècle, « admirant toutes les divinités de cet Olympe maniéré », juqu’à l’« architecture féerique » du « pavillon de Marie-Thérèse ». Ici encore, ce n’est qu’en 1853-1854, dans la Suite des Amours de Vienne. Pandora que se révèlera l’intensité du choc émotionnel ressenti à Schönbrunn, par la métamorphose fantasmatique des lieux visités jadis :

J’ai promené mes rêveries sur les rampes gazonnées de Schoenbrunn. J’adorais les pâles statues de ces jardins que couronne la gloriette de Marie-Thérèse — et les chimères du vieux palais m’ont ravi mon cœur pendant que j’admirais leurs yeux divins et que j’espérais m’allaiter à leurs seins de marbre éclatant. 

Étrange métamorphose que la mémoire fait subir au souvenir, en faisant de l’« Olympe maniéré » des statues un objet d’adoration, et des chimères des figures maternelles symptomatique de la remontée à la conscience de l’interrogation identitaire et de l’angoisse des origines, liée à la famille de Napoléon. À Schönbrunn en effet, la présence du duc de Reichstadt investit les lieux, et Nerval, qui fréquente Joseph de Dietrichstein, le frère de Maurice de Dietrichstein, précepteur de l’enfant, a évidemment entendu parler du petit prince. Comment ne pas faire de rapprochement avec son propre sort d’orphelin ?  Arrivé le 21 mai 1814 à Vienne, à tout juste trois ans, privé de la présence de son père et bientôt de celle de sa mère et de sa nourrice Mme de Montesquiou, il sera, selon la volonté de Metternich, élevé de façon à en faire un vrai prince allemand : « Il faudra bientôt commencer à lui donner une instruction un peu plus sérieuse, car son penchant pour l’amusement et la distraction pourrait lui faire du tort » écrit Maurice de Dietrichstein à Marie-Louise en 1817. Nerval emploie une expression analogue à propos du changement de vie en 1815 que lui impose son père : « Le plus âgé [son père] me prit avec lui pour m’apprendre ce qu’on appelait mes devoirs. » On aura noté plus globalement la similitude de situation entre le fils de Napoléon, privé de l’affection maternelle et soumis à l’autorité « paternelle » de Metternich, et celle du petit Gérard.

Le petit prince trouvera réconfort et affection auprès de sa jeune cousine Sophie de Bavière, de six ans seulement son aînée, qui a épousé en novembre 1824 l’archiduc François Charles. À Vienne, l’archiduchesse Sophie a fait rêver Nerval, devant l’enseigne de boutique à son effigie :

Nous voici sur le Graben […] Il y a au milieu de la place un magasin dédié à l’archiduchesse Sophie — laquelle est une bien belle femme, s’il faut s’en rapporter à l’enseigne peinte à la porte.

S’il faut en croire la Suite des Amours de Vienne. Pandora, il a même croisé son regard, dans une circonstance dont il a gardé le secret, mais qui suscite le sentiment d’une culpabilité :

Pardonne-moi d’avoir surpris un regard de tes beaux yeux, auguste archiduchesse, dont j’aimais tant l’image peinte sur une enseigne de magasin. Tu me rappelais l’autre…, rêve de mes jeunes amours […] 

Comme le duc de Reichstadt, Gérard a eu « sa » cousine par alliance nommée Sophie, qu’il évoque dans le fragment manuscrit non publié, intitulé « Sydonie », et qui offre le récit d’un épisode qui semble devoir prendre sa place à la suite du chapitre IV de Promenades et Souvenirs : « L’ingrate Sophie elle-même trahit son jeune cavalier pour un garde du corps de la compagnie de Grammont. » Sydonie ou Sophie ? Il semble que dans un premier temps, Nerval a souhaité masquer le prénom de Sophie en titre du fragment, mais oublié de le modifier dans la phrase que nous citons. Cette Sophie des jeunes années est peut-être Sophie Paris de Lamaury (1806-1862), qui habitait Saint-Germain-en-Laye où se trouvait en effet cantonnée la compagnie de Grammont.

 

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LesAmoursdeVienne1ermars1841

Le 7 mars 1841, la Revue de Paris publiait Les Amours de Vienne, présentées comme la première partie d'un récit dont elle annonçait une suite imminente: " Nous espérons pouvoir donner bientôt la suite de l’article de M. Gérard de Nerval, dont nous publions aujourd’hui la première partie"

MariePleyel
archiduchesseSophie

Née en 1811, Camille Moke épouse Camille Pleyel en 1831 et prend le nom de Marie Pleyel. Elle divorce cinq ans plus tard, en 1836. En 1839, sa réputation de virtuose est européenne. Elle donna plusieurs concerts à Vienne cet hiver-là. Le directeur du journal Der Humorist, Saphir, en publia des comptes rendus très flatteurs. L'un d'eux fut traduit par Nerval.

"Pardonne-moi d’avoir surpris un regard de tes beaux yeux, auguste archiduchesse..."

Ll'archiduchesse Sophie de Bavière était âgée de 34 ans en 1839.

Sophieetsonfils
ducdeReichstadt

Sophie de Bavière a épousé en 1824 l'archiduc François Charles d'Autriche. Elle est représentée ici avec son fils François Joseph né en 1830. En 1839 elle est mères de quatre enfants.

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Le duc de Reichstadt enfant

Le duc de Reichstadt peu de temps avant sa mort en 1832.

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Le Graben, où se trouvait "un magasin dédié à l’archiduchesse Sophie"

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Fragment de manuscrit autographe de Pandora. À un correspondant dont l’identité demeure inconnue, Nerval explique son projet littéraire, dans la continuité des Amours de Vienne de 1841. Ce sera, écrit-il, "le récit […] d’une aventure dont la date serait séparée d’environ un an de celle des lettres qui précèdent" ce qui suppose un récit dont le sujet serait la suite des Amours de Vienne, mais "un an après", projet abandonné puisque le récit donné au Mousquetaire se situe dans la continuité du jour de Saint-Sylvestre des Amours de Vienne.

(pour la transcription et l'analyse de l'ensemble des fragments autographes connus de Pandora, voir Sylvie Lécuyer, Pandora et autres récits viennois, Honoré Champion, 2014)

Au verso du feuillet autographe paginé "10" de Pandora, on peut lire deux notes au crayon. À droite, on lit de la main de Nerval, vestige des discussions qui se sont tenues fin novembre 1853 dans les bureaux du Mousquetaire, à propos du projet de roman ,L'Illustre Brisacier, à écrire en collaboration : "Voilà le livre infaisable / voilà les théories impossibles". C’est le rappel textuel du propos de Dumas dans sa « Causerie » publiée dans Le Mousquetaire du 10 décembre 1853. À gauche figure, également au crayon, la réponse de Dumas: "Mon cher Gérard / Si c’est la suite de la Pandora, / portez je vous prie à l’impression / Je suis à la répétition / À vous Dumas"

Très déçu par la publication de la première partie de sa nouvelle dans Le Mousquetaire, Nerval demande à Dumas d'insérer cette notice explicative qui permettrait au lecteur de relier Pandora à la publication des Amours de Vienne de 1841. Il évoque clairement l'intervention de la censure autrichienne

Au-dessous de la demande d' "un petit filet", Nerval écrit:

"Je suis obligé d’expliquer que Pandora fait suite aux aventures que j’ai publiées autrefois dans la Revue de Paris et réimprimées dans l’introduction de mon Voyage en Orient sous ce titre : Les Amours de Vienne. Des raisons de convenance qui n’existent plus [m’avaient biffé] j’espère m’avaient forcé de supprimer ce chapitre. S’il faut encore un peu de clarté, permettez-moi de vous faire réimprimer les lignes qui précédaient jadis ce passage de mes Mémoires. J’écris les miens sous plusieurs formes, puisque c’est la mode aujourd’hui. Ceci est un fragment d’une lettre confidentielle [confidentielle ajouté sous la ligne] adressée à Théophile Gautier, qui n’a vu le jour que par suite d’une indiscrétion de la police de Vienne – à qui je la pardonne, et il serait trop long, dangereux peut-être d’appuyer sur ce point."

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