1841 ? — La Tête armée, manuscrit autographe Lovenjoul D 741, fol 5.

Inédit du vivant de Nerval, le sonnet fut publié pour la première fois en 1877 dans les Œuvres complètes, t. VI, chez Calmann-Lévy.

En 1826, dans Napoléon et la France guerrière, Nerval, ajoutait cette note à l’Élégie intitulée La mort de l’exilé : « Les dernières paroles de Napoléon furent : Mon Dieu et la Nation Française !.... Mon Fils ! Tête armée !.... On ne sait ce que signifiaient ces derniers mots. Peu de temps après, on l’entendit s’écrier : France ! France ! »

Proche à la fois par sa forme, le sonnet, et les thèmes (figures souffrantes de Napoléon et du Christ), il est vraisemblable que ce sonnet a été composé dans le même temps que les six sonnets « à Muffe ». Le retour des cendres de Napoléon à Paris, le 15 décembre 1840, alors qu’il était lui-même à Bruxelles avait beaucoup marqué Nerval qui note dans le premier récit d’Aurélia : « Un soir on m’invita à une séance de magnétisme. C’était Pour la première fois que je voyais une somnambule. C’était le jour même où avait lieu à Paris le convoi de Napoléon. La somnambule décrivit tous les détails de la cérémonie, tels que nous les lûmes le lendemain dans les journaux de Paris. Seulement elle ajouta qu’au moment où le corps de Napoléon était entré triomphalement aux Invalides, son Âme s’était échappée du cercueil et prenant son vol vers le Nord, était venue se reposer sur la plaine de Waterloo. » Ce souvenir prégnant réapparaît en 1843 dans le Carnet du Caire, parmi des notes évoquant un moment d’hallucination : « Napoléon (Bruxelles) échappé du plomb » (NAF 14282, fol.9)

Voir les notices LA CRISE NERVEUSE DE 1841 et LA GÉNÉALOGIE FANTASTIQUE.

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La Tête armée

Napoléon mourant vit une Tête armée
Il pensait à son fils déjà faible et souffrant :
La Tête, c’était donc sa France bien aimée
Décapitée aux pieds du César expirant.
 
Dieu, qui jugeait cet homme et cette renommée,
Appela Jésus Christ ; mais l’abîme s’ouvrant
Ne rendit qu’un vain souffle, un spectre de fumée :
Le Demi-Dieu vaincu se releva plus grand.
 
Alors on vit sortir du fond du purgatoire
Un jeune homme inondé des pleurs de la Victoire,
Qui tendit sa main pure au monarque des cieux ;
 
Frappés au flanc tous deux par un double mystère,
L’un répandit son sang pour féconder la Terre,
L’autre versait au Ciel la semence des Dieux !

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